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J15 – Skinhead ou le mouvement qui a dérapé…

J15 – Skinhead ou le mouvement qui a dérapé… Posted on 31 mars 2020Leave a comment
Laurel Aitken, considéré comme le parrain du skinhead ska.

Originellement, le terme « skinhead » désignait seulement un jeune britannique de la classe ouvrière (tondu ou non). Le mouvement en tant que tel, né au Royaume-Uni à la fin des années 60, tire quant à lui ses influences de la mouvance « Mods » et du « Ska ». Le premier regroupait des amateurs de modern/soul jazz arborant un style vestimentaire relativement élégant tandis que le second, inspiré du Boogie de la Nouvelle-Orléans, est un genre musical né en Jamaïque généralement caractérisé par une guitare syncopée. Par la suite, le succès que rencontre le reggae en Angleterre invite les skinheads à l’adopter.

Réalisée par le photographe skinhead Gavin Watson, 1968.

Sans distinction de couleurs, le mouvement est alors une invitation à la danse, aux excès (avec l’amphétamine comme chouchou), et à la révolte (les violences dans les rues sont fréquentes). À noter que le racisme est répandu au sein des classes moyennes et ouvrières, et que la politique ne préoccupe pas les skinheads, dont les principaux concernés sont de jeunes adolescents.

En outre, le style vestimentaire Skinhead constitue une part importante de son identité: crâne rasé, jean délavé, bottes hautes noires de la marque Doc Martens…sont autant d’éléments dans lesquels vous devrez investir si vous souhaitez vous convertir en skinhead.

Deux jeunes Skinhead, par Gavin Watson.

Modèles de tenues dites « suedehead »

Mais ce qu’il est possible de qualifier de « première période Skinhead » ne dure que quelques mois. En effet, en raison de l’émergence du mouvement rasta, initié par Bob Marley, et du glam rock (précurseur du mouvement punk, cf vidéo ci-dessous), le mouvement Skinhead s’essouffle.

Certains jeunes, lassés de se faire rejeter des clubs et stades en raison de leur image et attitude, décident d’adopter un nouveau look moins provoquant appelé « suedehead » (cheveux un peu plus longs, tenue plus chics). La première période de skinheads prend fin, bien que certains se refusent à abandonner leur identité.

Live du groupe T.Rex, représentant du glam rock, 1971.

C’est finalement avec l’explosion médiatique du punk britannique, au milieu des années 70, sous l’égide des Clash et des Sex Pistols, que le mouvement reprend de la vigueur. Les skinheads se mêlent en effet à cette nouvelle tendance et adoptent avec enthousiasme leur style musical. En France, le mouvement rencontre également du succès, avec comme principal propulseur le groupe La Souris Déglinguée:

Live du groupe La Souris Déglinguée, souvent abrégé LSD.

Mais à la fin des années 70, la crise migratoire qui frappe l’Europe et la Grande Bretagne, avec en première ligne les classes ouvrières, donne une nouvelle tournure au mouvement: la frustration et la colère se font de plus en plus ressentir en même temps qu’augmente le chômage. De nombreux « street kids », convaincus par la politique de l’extrême droite, se radicalisent et empruntent des codes esthétiques des skinheads, en y apportant leur touche (vestes militaires, tenues noires…) comme moyen de revendication. Par ailleurs, certains jeunes y voient un moyen de rejeter les codes des générations précédentes (ayant combattu les nazis pendant la guerre). Les violences et les références au nazisme deviennent ainsi de plus en plus nombreuses pendant les concerts et dans les rues. L’image du jeune voyou est alors révolue, entachée par celle politisée du néo-nazi ultra-violent prônant l’identité blanche.

Par Gavin Watson.
Ian Stuart, empereur du « Bonehead ».

De ce phénomène est né la « Oi! » (contraction de l’apostrophe : Hey you ! (Hey, toi !)), considérée comme le premier genre musical véritablement propre aux Skinheads (le ska provenait de la Jamaïque, tandis que le punk prônait l’anarchie). Semblable au punk, les paroles font alors appel au patriotisme et rejettent le système démocratique. Mais la cassure politique est surtout initiée par Ian Stuart, chanteur du groupe Skewdriver, clamant haut et fort son amour pour Hitler et sa haine envers les noirs dans ses musique et les interviews. C’est le début du White Power qui tire profit de la musique pour hurler au racisme et à la violence.

Logo SHARP.

Face à une public de plus en plus extrémiste, certains groupes refusant d’être affiliés à ces discours décident de répondre par des musiques engagés anti-racistes/fascistes. Le mouvement d’extrême gauche, rallié aux anti-mondialistes, prend alors essor, qualifiant les « Nazi-skinheads » de « Bone-heads » (un idiot) pour s’en distancer. En 1987 est créé le SHARP (SkinHeads Against Racial Prejudice), premier réseau international antiraciste. Son logo a permis à de nombreux skinheads de justifier leur identité, mais en dépit de tout ces efforts, le Skinhead est diabolisé, et il n’est bientôt plus possible de le penser indépendamment de sa connotation fasciste.

Aujourd’hui, il existe encore de nombreux adeptes du mouvement, mais ce dernier subsiste éclaté politiquement et musicalement parlant. Ainsi, afin de ne retenir que le meilleur du Skinhead, nous vous avons préparé une playlist retraçant les différentes périodes musicales précédemment évoquées. Et si la politique vous rebute, ne craignez rien: on ne comprend pas grand choses aux paroles.

1 – The Who – I can’t Explain (Mods)

2 – Laurel Aitken – Skinhead (Ska Reggae)

3 – Pat Kelly – I’m coming home (Ska Reggae)

4 – Desmond Dekker & The Aces – Israelites (Ska Reggae)

5 – 54-46 Was My Number · Toots & The Maytals (Ska Reggae)

6 – Lou Reed – Walk on the Wild Side (Glam Rock)

7 – The Burial – Never too late (Ska et Oi!)

8 – Cock Sparrer – Take ‘Em All (Oi!)

9 – The Oppressed – Leave me Alone (Street punk, Oi!)

10 – The Redskins – It Can Be Done (Punk, Glam, Oi!)

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