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J18 – La Country n’est pas une musique de Cowboys

J18 – La Country n’est pas une musique de Cowboys Posted on 4 avril 20202 Comments

    Certains stéréotypes sont pourtant vrais, à commencer par le fait que la country rencontra, à ses débuts, un fort succès auprès des habitants des zones rurales d’Amérique du Sud-Est. Mais la country ne peut se résumer à un genre apprécié des seuls rednecks du Tennessee (inutile de nier vous le pensiez), en ce qu’elle est un mélange complexe de nombreuses influences musicales. La représentation qu’elle incarne aujourd’hui, notamment auprès des français, est loin de refléter sa véritable identité. Ainsi, afin d’en finir une fois pour toute avec les vulgaires clichés hollywoodiens, 10 Sonances s’est aujourd’hui porté volontaire pour retracer les grands courants de la country et leurs principaux représentants, qui, rappelons le, ne sont PAS des cow-boys.

Nashville, dans le Tennessee, est considérée comme le berceau de la musique country.

Dulcimer des Apalaches

   Le phénomène émerge dès la fin du XVIIIe siècle, avec l’arrivée d’immigrés européens emportant leurs instruments jusque dans les Appalaches (la côte sud-est des Etats-Unis): on comprend alors pourquoi le violon (anglais, irlandais, et écossais), le dulcimer (allemand), la mandoline (italienne), la guitare (espagnole) et le banjo (africain) sont aussi présents dans la musique country. En outre, la cohabitation des différentes communautés, et leur intérêt commun pour les chants religieux expliquent l’influence majeure des ballades celtes et du gospel sur les futures sonorités country, même si le blues n’est pas à discréditer. Au XIXe, les cow-boys (les voilà!) convoyeurs du Texas s’inspireront à leur tour des ces musiques  pour évoquer quant à eux le labeur du travail (on parle de « worksongs« ). Ce n’est donc que plus tard, dans les années 20, que la country prend de l’ampleur, notamment auprès de la classe moyenne et devient un genre à part entière. 

   Sans doute Eck Robertson est-il le premier chanteur de country à avoir été enregistré, mais c’est bien Vernon Dalhart qui est à l’origine de sa popularisation aux Etats Unis en 1924, avec la chanson “Wreck of the old » dont nous vous proposons une écoute authentique:

Coffret DVD intégrant les plus célèbres « Singing Cowboys » des Westerns.

   Dans les années 30-40, la vente de disques se fait plus rare, la radio monopolisant les émissions dédiées aux chanteurs de country. De même, cette période est fortement marquée par l’explosion du cinéma Hollywoodien, qui démocratise le genre en le fusionnant aux films de Western: c’est le début d’un mariage insensé entre les cow-boys et la country, à l’origine de la vision erronée que nous avons aujourd’hui de celle-ci. 

   Au début des années 40, c’est la naissance du « hillbilly boogie« , qui, comme son nom l’indique, intègre le « boogie woogie » (tempo très rapide de jazz) à la country.  Les frères Delmore seront ainsi les précurseurs de cette nouvelle mode, avec leur célèbre titre “Freight Train Boogie » en 1946, considéré comme la fusion symbolique du blues et de la country:

À la fin de la Guerre Mondiale, Bill Monroe donne un nouveau souffle au country en inventant le “bluegrass”: il désigne un jeu acoustique plus technique et démonstratif avec une forte utilisation du banjo, de la guitare, du violon et de la mandoline. Le bluegrass est très apprécié pendant les concerts au sein desquels le public se déchaîne… Pour mieux saisir cet engouement, voici un exemple de morceau dont Bill Monroe et ses “bluegrass boys” sont à l’origine:

That’s All Right (Mama), éditée par Sun Record.

C’est ensuite le « rockabilly » qui prend le relais dans les années 50. S’il est facilement reconnaissable, c’est en raison de la familiarité des voix ayant contribué à son succès. Parmi elles, Elvis Presley avec « That’s All Right Mama » (dont Arthur Crudup est l’auteur) ou encore Johnny Cash (cf playlist du jour) avec son fameux « I Walk the Line« .

Patsy Cline, 1956.

Ce n’est alors qu’au milieu des années 50 que la country prend un tournant: la naissance du “Nashvill sound”, plus propre et plus pop, puis du “Bakersfield sound”, avec l’utilisation d’instruments électriques, développent la commercialisation de la country. Patsy Cline (cf playlist du jour) et Dwight Yoakam, sont à ce titre de célèbres artistes ayant participé à ces mouvements.

De 1970 à 1990, les sous genres se multiplient, encouragés par l’apparition du rock (red dirt, pop country), du punk (punk country), du disco (néo country)… La country s’éloigne ainsi de plus en plus de ses racines pour satisfaire un nouveau public. Parmi les nouveaux représentants, il est possible de citer Garth Brook, ou les Dixie Chicks. Leurs créations se rapprochent alors des terribles sonorités teenage-rock-disney d’Hollywood. Et malheureusement, la descente aux enfers se poursuit dans les années 2000, avec Taylor Swift et ses multiples albums de « pop country »‘. Vous nous pardonnerez l’absence de vidéo clip pour illustrer cette période.

Affiche d’un concert de rockabilly programmé à Grenoble, 2012.

À noter que la musique country, bien que dominante aux Etats-Unis, a également rencontré du succès au Canada et en Australie. En France, la country rebute en raison de sa connotation “redneck” ou “cowboy”, que vous savez maintenant erronée. De nombreux artistes tenteront tout de même des adaptations en français de grands classiques country américains, de même qu’une cinquantaine de festivals dédiés à la musique country sera créée pour satisfaire les amateurs et danseurs.


Mais dans le cas où vous feriez toujours partie des country-sceptiques, voici une playlist qui saura peut-être vous faire changer d’avis:


1- Alabama Monroe – Country in my genes: Extrait du magnifique film « Alabama Monroe » réalisé par Felix Van Groeningen.

2 – Hank Williams – Long Gone Lonesome: Véritable pilier de la Country, Hank Williams saura vous faire apprécier le « yodel« , technique vocale dont Jimmie Rodger est à l’origine.

3 – O Brother – I Am A Man Of Constant Sorrow: Jouer de la country pour se faire affranchir ? C’est en tout cas l’idée du road movie « O Brother« , imaginé par les frères Cohen.

4 – Nancy Sinatra – How Does That Grab You Darlin’: Chanteuse et actrice américaine, Nancy Sinatra symbolise la femme forte pendant les années 1960 avec son célèbre titre These Boots Are Made for Walkin’, dans lequel elle menace un vieil homme l’abordant de l’écraser avec ses bottes.

5 – Patsy Cline – Crazy: Véritable icône de la période « Nashville sound« , difficile de passer à côté de l’envoutante Patsy Cline.

6 – Merle Haggard – Tonight the bottle let me down: Ce morceau est idéal pour comprendre la technique du « bottleneck« , sorte d’embout cylindrique permettant aux guitaristes de country de créer des effets glissando/vibratos prononcés.

7 – Johny Cash – Folsom Prison Blues: Etrange album que celui de Folsom Prison Blues, correspondant à un concert live de Johnny Cash au sein de la Prison d’État de Folsom, face à des délinquants et criminels en 1968. 

8 – The Dead South – In Hell I’ll Be In Good Company: Ce groupe canadien nous propose, dans la joie et la bonne humeur, un mélange amusant de bluegrass et de folk.

9 – Wanda Jackson – Funnel Of Love: Wanda Jackson est l’unes des premières femmes à avoir eu du succès dans ce style musical (1950’s).

10 – John Denver – Take Me Home, Country Roads:  Cette musique, datant de 1971, sera reprise par bon nombre d’artistes, tel que le groupe « Toots and the Maytals« .

2 comments

  1. Bravo ! excellente revue historique de cette musique authentique américaine ! suggestion :
    chansons blues , hillbilly , country ; de prison , de travail collectif aux champs de coton , de rails et trains et d’amours déçus !!! amérique profonde …et noire !! merci Emilie …félicitations et bon courage ! Jean et Joan

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