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J36 – Le Chili: une voix continue pour la révolution

J36 – Le Chili: une voix continue pour la révolution Posted on 21 avril 2020Leave a comment
Kullkull

Avant l’arrivée des colons Espagnols, le Chili se nourrissait principalement de deux influences musicales. La première, celle des Mapuches (dont le nom signifie « peuple de la terre » en mapudungu), était pratiquée dans le sud du pays, et accordait une place importante au chant mais surtout aux instruments (comme le kullkull), notamment dans le cadre de rituels destinés aux Esprits. Aujourd’hui, l’urbanisation et les nouvelles politiques libérales constituent de réels obstacles à la préservation de ces peuples autochtones. Le drapeau Mapuche est d’ailleurs souvent brandi dans les manifestations pour mettre en avant leur combat.

Dirigeants Mapuches arborant leur drapeau, 2010

À cela s’ajoute la musique dite « andine« , qui, comme son nom l’indique, est issue d’une pluralité de peuples des Andes (comme les Quechuas). Elle s’accompagne bien souvent d’un charango (sorte de mini guitare composée de 5 paires de cordes, soit 10 cordes), de flûtes de roseau ainsi que diverses percussions; et évoque avec nostalgie et bonne humeur les cultures d’altitude dont elle tire ses racines. À ce titre, le groupe populaire chilien Los Huasos Quincheros, formé en 1937, constitue une très agréable première découverte de ce style.

Joueur de charango et de siku

Aujourd’hui le terme s’est globalisé, et l’on parle plus de « música criolla » (créole) ou encore « néofolklore« , pour désigner une « musique du monde », inspirée des cultures limitrophes des Andes (Pérou, Chili, Equateur, Bolivie). En effet, dans la deuxième moitié du XXe siècle, suite à l’importation de nombreux instruments latins, l’Occident intègre ce style musical à sa gamme diatonique. C’est ainsi principalement dans les zones urbaines latines et européennes que cette fusion va se développer, intégrant au fil des années de nouveaux genres tels que le pop, le rock, et le rap. Parmi les nouveaux groupes chiliens des années 60-70, on compte ainsi Los Jaivas (rock), Inti Illimani (Folklore), Quilapayún (Folklore)… (voire playlist).

« El pueblo unido, jamás será vencido » est aujourd’hui un symbole d’unité et de solidarité populaire pour des citoyens opprimés.

En s’intéressant un minimum à la musique contemporaine chilienne (post 70’s), il est d’ailleurs saisissant de constater l’omniprésence des thématiques sociales au seins des morceaux (on parle de « Nueva Cancion Chilena« ).

Augusto Pinochet, 1986.

Pour comprendre ce fort engagement de la part des artistes, il est nécessaire de revenir brièvement sur l’Histoire du Chili à partir de 1973, date marquée par le coup d’Etat du Général Augusto Pinochet, qui met en place une véritable dictature militaire (avec le soutien des Etats-Unis). À la suite de cet évènement, des dizaines de milliers d’opposants seront arrêtés et torturés, tel que l’emblématique chanteur Victor Jara (cf playlist). Le retour à une pseudo démocratie ne s’effectuera que dix-sept ans plus tard, en 1990, à la suite d’un référendum, et de l’élection du démocrate Patricio Aylwin, puis en 2008, de la socialiste Michelle Bachelet (qui cumulera deux mandats).

Malgré une démocratie réacquise depuis 1990, la figure du Général Pinochet (mort en 2006 sans jamais avoir été jugé) continue aujourd’hui de diviser les Chiliens. La Justice quant à elle, est pointée du doigt, en raison des nombreuses personnes encore libres ayant commis des crimes durant la dictature.

À noter que depuis 2019, une nouvelle crise frappe le pays, suite à la décision du Président Sebastian Piñera d’augmenter de 3 % le prix du ticket de métro à Santiago. Les nombreuses manifestations et violences qui gagneront ainsi l’ensemble du Chili ne seront que l’illustration du mal-être d’une population victime de fortes inégalités, ingénieusement dissimulées derrière l’image d’un pays en croissance économique depuis 30 ans.

Le groupe Inti Illimani interprétant « El pueblo unido, jamás será vencido » au cours de la manifestation du 13 décembre 2019.

Il est ainsi aisé de comprendre le fort engagement des artistes, qui perçoivent en effet dans la musique un moyen d’unir et solidariser le peuple. Le rap et le hip hop sont ainsi très populaires au Chili, en ce qu’ils explicitent les problèmes sociaux et politiques du pays. On citera parmi les plus célèbres la rappeuse Ana Tijoux, que vous pourrez également retrouver dans la playlist du jour que voici:

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