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J24 – De quels cocktails sonores s’abreuvent les îles?

J24 – De quels cocktails sonores s’abreuvent les îles? Posted on 10 avril 2020Leave a comment

   Que ce soit volontaire ou non, la musique des îles est considérée comme un joyeux flonflon joué par une bande de rigolos tapant sur de gros tambours et gueulant quelques paroles dans un français approximatif en sirotant leur verre de rhum (peut-être est-il possible d’établir un lien entre les deux dernières caractéristiques me direz vous). Mettons-donc les points sur les “i”, car il semblerait que l’inscription de nombreux genres musicaux Antillais sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO n’ait étonnamment pas suffit à déboucher nos oreilles de leurs si rassurants clichés.

10 Sonances s’est donc intéressé aux origines et particularités de cinq types de musique, chacun d’eux étant propre à une ou plusieurs îles: la Maloya en Réunion, le Chouval Bwa en Martinique, la Gwoka en Guadeloupe, la Morna au Cap-Vert, le Compas, originaire d’Hawaï, et le Calypso, né à Trinité-et-Tobago.

Instrument du Brésil, le bobre se joue en tapant sur la corde tendue à l’aide d’une baguette.

    Commençons donc dans l’ordre, avec la Maloya, cette musique chantée en créole réunionnais, et héritée des esclaves à l’époque de la Traite Négrière. La Maloya est à la fois un hommage aux ancêtres, mais aussi un moyen de se moquer des maîtres, et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle sera rapidement interdite. La Maloya correspondait à une forme de complainte d’abord chantée par un choriste avant d’être reprise à l’unisson par un choeur, lui même accompagné du roulèr, ou bien encore du kayamb, ou du bobre… Parmi les artistes les plus importants de la Maloya, on citera Danyel Waro, à l’origine de son renouveau dans la Réunion et de sa reconnaissance en France:

Par la suite, certains artistes le mélangeront au rock, au rap, au jazz (on parle de maloyaz) ou encore à l’électronique, comme l’illustrent les albums expérimentaux de Jako Maron. Dans ses créations en effet, l’artiste réunionnais réutilise les rythmes binaires et tertiaires de la musique Maloya pour les intégrer à ses synthés modulaires et ses boîtes à rythmes:

Jako Macron nous rappelle étrangement les sonorités ambient d’Aphex Twins.
Ti’ bwa martiniquais

Direction maintenant la Martinique avec son traditionnel Chouval Bwa, à base de percussions (un des tambours est appelé lui même chouval bwa), flûte de bambou, de ti bwa, sorte de morceau de bambou horizontal se jouant à l’aide de baguettes, d’accordéon, et de kazoo. Le terme “chouval bwa” désigne en fait le cheval de bois des carrousels martiniquais, sur lesquels les enfants tournaient tandis qu’un orchestre, installé en son centre, jouait de la musique rythmée appelée précisément Chouval Bwa ». À l’attention des plus curieux, 10 Sonances vous invite à visionner le documentaire de Pascal Signolet, dans lequel le réalisateur nous propose de suivre le musicien martiniquais Dédé Saint-Prix (à retrouver dans notre playlist du jour).

Chouval Bwa martiniquais
Bèlè martiniquais

La Guadeloupe partage de nombreux styles musicaux avec sa voisine, mais la Gwoka, héritée elle aussi des esclaves Africains durant la Traite Négrière ne peut être considérée indépendamment des Guadeloupéens. Jouée dans les léwoz, rassemblements populaires et festifs, la Gwoka comprend de nombreux tambours de la famille des “ka” dont le bèlè martiniquais, eux-même accompagnés d’autres instruments comme les chachas (similaires aux maracas). Inscrit sur la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO, la Gwoka est aujourd’hui de plus en plus appréciée en métropole au fur et à mesure qu’elle se fait connaître, à l’image du festival de Gwoka de Montauban, qui inaugurera sa deuxième édition a priori cette année (8 août 2020):

    Petit escale maintenant sur l’archipel du Cap Vert, point de rencontre d’une multitude de cultures musicales auxquels de nombreux navigants contribueront au brassage. Parmi elles, le fado, la polka, la mazurka, la samba et la bossa venues d’Afrique et du Brésil, le merengue et le zouk des Caraïbes… La Morna, quant à elle, correspond à une chant mélancolique, exprimant la “sodade”, qui signifie “vague à l’âme” en portugais. Né aux alentours du XIXe siècle à Bao Vista (Cap Vert), la morna exprimait à ses débuts l’humour et la critique sociale sur des rythmes joyeux. Aujourd’hui, elle est une sorte de blues des îles chantant l’amour perdu et la douleur de l’exil, qui doit sa popularité à la chanteuse Cesaria Evora dont on vous laisse apprécier la performance vocale:

L’album « Far from Home » de Calypso Rose, sorti en 2016.

Impossible de passer à côté du Calypso, musique des carnavals par excellence. Originaire de Trinité et Tobago, le Calypso (“cadence lypso”, c’est à dire “à deux temps”) s’est largement répandu dans le reste des Antilles et au Venezuela. De tempo modéré, il puise ses influences des rythmes africains et des musiques européennes. Aujourd’hui, la plus célèbre représentante de cette musique festive est l’impressionnante chanteuse trinidadienne Calypso Rose, auteure de plus de 800 morceaux (parmi lesquels nous avons bien sûr sélectionné le meilleur pour la playlist du jour). De nombreux artistes de jazz se plairont en outre à intégrer le Calypso à leur composition, comme c’est le cas de Sonny Rollins avec son superbe titre “The Everywhere Calypso”:

L’artiste haïtien Jean-Baptiste Nemours.

Nous terminerons ainsi ce court voyage avec le Compas, une musique haïtienne proche du Calypso inventée par  le saxophoniste Jean-Baptiste Nemours en 1955 et popularisée en Guadeloupe et Martinique dans les années 60. Bien qu’il soit encore très présent et apprécié à Haïti, le compas constitue l’une des musiques les plus populaires pour danser aux Antilles.

À noter qu’en intégrant l’ensemble de ces styles musicaux, vous serez à même de saisir pleinement la complexité du Zouk, qui tire son influence à la fois de la Gwoka, du Compas, du Calypso et du Chouval Bwa.

Ce doux périple prenant déjà fin, 10 Sonances vous a concocté un ti’punch maison bien épicé pour vous permettre de profiter quelques minutes de plus du sable chaud et des cocotiers…. très bonne écoute!

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