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J22 – Copier, coller, et le tour est joué

J22 – Copier, coller, et le tour est joué Posted on 7 avril 2020Leave a comment

Samples, covers, reprises… le recyclage a, dirait-on, plus de succès auprès des musiciens que des écolos.

« Soyez sympas, rembobinez » de Michel Gondry, dans lequel deux amis décident de réaliser leur propre version des films qu’ils ont perdus

Pour autant, il est important d’être prudent quant à l’utilisation d’une oeuvre, comme l’illustre la polémique ayant éclaté suite à la sortie de l’album de reprises de France Gall par Jenifer, intitulé “Ma Déclaration”. La chanteuse aurait en effet omis de prévenir l’auteure de son projet, ce qui aurait beaucoup fâché cette dernière. Si vous n’avez pas suivi l’affaire (et franchement on ne vous en tiendra pas rigueur), en voici un petit résumé :

On croirait presque assister au jeu des deux actrices de Meilleures Ennemies.

Il serait alors intéressant de se demander quels droits sont mis en jeu, à la fois du côté de l’artiste-interprète et de l’auteur, dans le cas d’une adaptation de morceau. 

Logo de la SACEM

Avant toute chose, il est essentiel d’intégrer deux notions de vocabulaire: la SADRM et la SACEM. A savoir que la SADRM (Société pour l’administration du droit de reproduction mécanique), créée en 1935, regroupe  plusieurs sociétés d’auteurs dont la SACEM (Société des Auteurs, Compositeurs et Éditeurs de Musique) qui a pour objectif de contrôler l’utilisation qui est faite des œuvres numériques musicales. Est ainsi considéré comme auteur celui ayant déposé des droits dépositaires à cette société. 

    Il existe deux types de situation faisant intervenir cette société d’auteur. Prenons d’abord le cas où l’artiste souhaite interpréter l’oeuvre d’un auteur, sans la modifier, c’est à dire en respectant le texte et la composition (les arrangements, un solo de guitare ou un rythme ne sont pas considérés comme une modification), il ne sera pas exigé d’autorisation pour l’enregistrement. En revanche, des droits devront être reversés à l’auteur compositeur via la SACEM lors du pressage (version CD): en d’autres termes, si vous souhaitez faire une reprise  conforme à l’originale, vous devrez payer des droits à la SACEM qui fera office d’intermédiaire avec l’auteur lui même.

Dans le cas où l’artiste a pour intention de changer la version originale, soit en adaptant ou modifiant le texte, soit en réinterprétant totalement sa structure, est mis en jeu le droit de respect à l’oeuvre: il est alors obligatoire d’obtenir l’autorisation de la part de la SACEM, soit en se rapprochant de celle-ci, soit en contactant les labels et maisons de disques qui ont parfois plus de facilité à faire le lien.  De la même façon, la nouvelle version devra être déclarée à la SACEM et les droits devront être payés, si nécessaire, pour pouvoir être exploités. 

    Il existe un troisième cas, un peu particulier, concernant les samples, c’est à dire les échantillons d’enregistrements de morceaux préexistants. Cette situation fait intervenir à la fois les droits de l’auteur mais aussi du producteur concerné. L’autorisation peut être accordée sur courrier ou moyennant paiement lorsque le sample en question est identifiable et commercialisé. Dans tous les cas, la procédure peut s’avérer assez complexe, et il nécessite parfois du temps avant d’être en mesure d’intégrer légalement un sample à un morceau. À noter que bien souvent, l’accord se réalise une fois la reprise sortie…

   Trêve d’administration, voici dix artistes ambitieux ayant repris avec élégance de célèbres morceaux (cf liens en italique), et qui mériteraient de recevoir quelques ayant-droits pour ces créations dont on oublierait presque l’originale. Certains étudiants devraient d’ailleurs peut-être s’inspirer de leur savoir-faire pour copier-coller Wikipédia dans leurs copies…

1- Nine Inch Nails – Hurt: On souhaiterait presque que cette reprise en mineur du célèbre morceau de Johnny Cash soit l’originale… mais on entend déjà les fans crier au sacrilège, alors on se tait.

2 – A Perfect Circle – Imagine: Difficile de résister à cette version très noire d’Imagine, pourtant porteuse d’un message empli d’espoir.

3 – Marlyn Manson – Sweet Dreams: Si l’on est lassé du titre des Eurythmics, cette interprétation de Marlyn Manson nous donne enfin une bonne occasion de l’apprécier à nouveau.

4 – Aphex Twin – Ageispolis: Les fins connaisseurs reconnaîtrons peut-être l’air d’Ugly Boy des Die Antwoord… Dans un tout autre style, cette version ‘ambient’ nous convertit au calme et à la plénitude.

5 – Ibrahim Maalouf – They Don’t Care About Us: Parce que réussir une reprise de Michael Jackson avec une trompette « à quart de tons » c’est quand même la classe…

6 – Placebo – Running Up The Hill: Il faudrait indéniablement vacciner celles et ceux préférant la version de Kate Bush. Mais vous n’êtes pas concerné(e) bien entendu.

7 – UB 40 – Don’t Break My Heart: De peur de recevoir des reproches quant à notre passion Cold Wave , voici une très belle reprise reggae d’un titre un peu bruyant du groupe 24_7 Spyz. Merci UB 40.

8 – The Cure – Purple Haze: Il est interdir de reprendre des morceaux de Jimmy Hendrix vous dites? Décidément, Robert Smith s’immisce dans tout nos articles.

9 – Nirvanna – Where did you sleep last night: C’est vrai que ce titre de Leadbelly devenait un peu vintage, mais Kurt a tout de même opté pour la même sobriété instrumentale.

10 – Üghett – Les nuits d’une demoiselle: Il fallait être sacrément culottée pour transformer de cette manière l’innocente chanson de Colette Renard… mais Üghett n’a pas de tabous (on vous conseille d’écouter d’abord la version originale).


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