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J16 – Et hop, encore zappées!

J16 – Et hop, encore zappées! Posted on 1 avril 2020Leave a comment
Nicky Minaj, 2012.

   En faisant quelques recherches sur le mouvement Hip-Hop et son Histoire, il est flagrant de constater la faible importance accordée aux rappeuses. Wikipédia a tout de même eu la gentillesse de leur accorder un paragraphe auquel il semblerait plus logique de rajouter des parenthèses (merci wiki). Le Hip-Hop est-il donc mouvement réservé à la gent masculine? Depuis 2010, on assiste à une véritable réappropriation de ce genre auprès des femmes, notamment avec l’entrée d’artistes américaines telles que Nicki Minaj et CardiB. Mais l’image que cette nouvelle vague véhicule n’est pas forcément représentative des débuts du Hip Hop et de son succès dans les années 90, aujourd’hui résumés à des dizaines voire centaines d’artistes exclusivement masculins dont nous avons tous déjà entendu les noms. Il est vrai que le nombre de rappeuses est bien moins élevé que celui des rappeurs, mais soyons honnêtes… si nous vous demandions de citer des rappeuses des années 70, 80, et même 90’s, il est peu probable que vous dépassiez les cinq doigts de la main. Aussi, 10 Sonances a décidé de retracer les différentes étapes du Hip Hop, en s’intéressant à ces femmes oubliées, qui pourtant, ne manquent pas de style… Nicki Minaj devrait peut-être en prendre de la graine.

Photographie d’une « Block Party », extraite d’une exposition consacrée à la mémoire du Hip Hop à Paris
Technique de « scratching », modifiant la vitesse de lecture d’un vinyle

   Né des “block parties” (sorte de fête de quartiers réunissant un voisinage autour de quelques musiciens) au début des années 70, le Hip-Hop au sens musical est d’abord initié par la jeunesse afro-américaine et caribéenne du Bronx. Le genre en lui même se caractérise alors par des échantillons (dits “samples”) mis en boucle sur un vinyle, et sur lesquels les MC (“Master of Ceremony) peuvent ensuite réaliser du “scratching” et autres techniques d’effet. Originellement, le rap est absent de la musique hip hop, et à ce titre, Sharon Green, alias MC Sha Rock, originaire du Bronx, est considérée comme l’une des premières rappeuses de l’Histoire:

De la même façon, le groupe The Sequence, composé de trois rappeuses (mais pourquoi donc l’auto correcteur n’accepte-t-il pas ce mot au féminin?), est reconnu comme le premier groupe féminin à faire paraître un album de rap, intitulé Funk You Up. Voici une vidéo qui témoignera de leur incroyable style:

Par la suite, le Hip Hop incorporera différents genres musicaux, en passant par le Disco Rap à la fin des années 70, puis l’électro Hip Hop (marqué par l’invention de nouvelles boîtes à rythmes plus performantes) et le Hip Hop New School (inspiré de la rythmique du music rock des 50’s) dans les années 80 . Les paroles quant à elles, deviennent de plus en plus complexes, et s’attaquent à des sujets sensibles de société. Certaines rappeuses en profitent alors pour exprimer leur colère face à leur condition (violences conjugales, maternité, sexisme…). C’est le cas du groupe Salt-N-Pepa, qui participera largement à changer la perception du hip-hop de par leurs paroles franches concernant l’attitude des hommes:

Formé en 1985, Salt-N-Pepa est l’un des premiers groupes de rap féminins.

C’est à ce moment également que le mouvement prend de l’ampleur à l’étranger, notamment en Grande Bretagne. Finalement ce que l’on appelle “’âge d’Or” du Hip Hop, et qui s’étend du milieu des 80’s à la fin 90’s, correspond à une période riche d’expérimentations (émergence du « gangsta rap » avec Snoop Dog, de la « G Funk » avec Dr Dre…) et un fort afro-militantisme. C’est ainsi que le mouvement se popularise, imprégné des plus grands noms (d’hommes bien entendu).

Album « The Score » des Fugees, sur lequel apparaît la zappeuse Lauryn Hill

Les femmes quant à elles, participent au mouvement avec leur propre flow et paroles, mais leurs tenues légères et l’omniprésence du sexisme (au sein des femmes comme des hommes), largement diffusés par la télévision, ont pour conséquence une véritable décrédibilisation des rappeuses qui passeront en arrière plan. C’est alors parfois au contact d’artistes masculins qu’elles finissent par trouver le succès, comme c’est le cas de Lauryn Hill, la charismatique chanteuse d’origine jamaïcaine du groupe Hip Hop The Fugees, qui sortit son album solo The Miseducation of Lauryn Hill, suite à sa rupture avec ce dernier en 1997; ou encore de la talentueuse Yolanda Whitaker alias « Yo Yo », largement guidée par le rappeur Ice Cube:

Dans les années 2000, le mouvement continue de perdurer, notamment en France, avec de nouvelles artistes telles que Diam’s, Lady Laistee, Sté Strausz, Casey… mais aussi au Chili comme le témoigne cette artiste franco-chilienne qui se fit d’abord connaître en Amérique latine à la fin des années 90:

Dans le même style, la rappeuse française d’origine péruvienne Billie Brelok propose un répertoire de titres aux paroles percutantes.

Aujourd’hui, le hip-hop se rapproche plutôt de ce qu’on pourrait qualifier de RnB, Lo-Fi, Soul Jazz… Et même s’il conserve malgré tout certains codes et rythme du hip-hop du XXe siècle, les rappeuses contemporaines se sont considérablement  détachées de l’esthétique d’antan. Dans la playlist du jour, nous avons souhaité rendre en priorité hommage aux femmes “piliers” du hip hop, mais afin de souligner le renouvellement de ce vaste genre musical, vous trouverez. également des titres actuels. 

Hip-Hop « old-school »:

1 – Roxanne Shante – Old School Beat

2 – Queen Latifah – U.N.I.T.Y

3 – MC Lyte – Keep On, Keepin’ On (feat. Xscape)

4 – Lauryn Hill – Doo Wop

5 – Bahamadia – Uknowhowwedu 

6 – Eve ft. Gwen Stefani – Let Me Blow Ya Mind

Hip-Hop post 2000’s:

7 – Pumpkin & Vin’S da Cuero – Astronaute

8 – Blu Samu – I run

9 – Greentea Peng – Mr. Sun 

10 – Little Simz – No More Wonderland 

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