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J4 – Ces instruments underground qui retrouvent leur voix…

J4 – Ces instruments underground qui retrouvent leur voix… Posted on 20 mars 20207 Comments

    Exposition immersive sur les cités millénaires dévastées par la guerre, reportage sur les peuples autochtones d’Amazonie, festival des Musiques du Monde… le patrimoine mondial et sa valorisation sont à la mode. Généralement conductrice de mouvements et d’opinions de masse irréfléchis, la mode s’avère pourtant parfois utile à l’Humanité. En ce qui concerne le patrimoine, mon avis est partagé.

Image extraite de l’exposition Alathâr dans laquelle sont présentées une série de photographies réalisées par Lara-Scarlett Gervais du patrimoine détruits de Syrie et d’Irak.

    En posant la musique comme objet d’étude mes réflexions sembleront peut-être plus transparentes. Mon tracas trouve son origine dans cette simple interrogation: est-il “bavure culturelle” que d’écouter et transformer une musique propre à une culture sans respecter les codes dans laquelle elle s’inscrit? Est-il possible d’être sensible au chant diphonique de la même manière qu’un mongol des montagnes d’Altai le serait, et ce malgré une éducation et une identité éloignée? Que signifie valoriser une culture: la diffuser sans foi ni loi ou au contraire la protéger afin de conserver sa dimension sacrée? Si le patrimoine se définit comme un agglomérat de cultures anciennes et extérieures, n’est-il finalement pas voué à être déconstruit de son contexte et des valeurs auxquels il est originellement attaché? 

    La lecture de certaines recherches de l’ethnomusicologue Henri Lecomte ont constitué à ce titre une première piste de réponse. Dans un article intitulé À la recherche de l’authenticité perdue, l’auteur explique que le concept d’authenticité, qu’il définit comme “l’adéquation d’une expression musicale avec la culture dont le musicien est issu.”, est liée à l’idée d’ancienneté et donc d’absolu. Cette quête d’absolu et de neutralité, cet attachement envers l’ancienneté, l’auteur la considère vaine. Il n’est que de comparer les références musicales de deux individus d’une même culture: il est fortement probable qu’ils n’aient pas les mêmes. 

    Peut-être ne vous contenterez-vous pas de ces éléments de réponses (et je vous invite d’ailleurs à poursuivre l’investigation!) mais c’est ce que nous ferons pourtant (🙂) en retenant qu’il est dans la nature de l’Homme de réinterpréter le passé. Et cela tombe à pic, car je souhaitais vous partager une playlist de dix morceaux contemporains (pour la plupart électroniques) faisant intervenir des instruments bien trop souvent discriminés (voyez comme “10 Sonances” est engagée). Je vous propose ainsi de les découvrir dans un premier temps à travers plusieurs vidéos afin d’accoutumer vos oreilles à ces sonorités. N’hésitez pas à les partager à votre entourage: de cette façon, peut-être qu’un jour nos enfants adopteront ces instruments marginaux.

1) LE HANG: originaire de la Suisse et composé de deux coupelles métalliques embouties, le hang est comparable à un oreiller en plume qui sent bon la lessive dans lequel on s’enfonce après une longue et dure journée de travail (ou non)

2) LE DIDJERIDOO: cette trompe en bois est une création des aborigènes d’Australie nord, mais son nom quant à lui a été inventé par les colons occidentaux, inspirés par les sons de ce magnifique instrument.

3) LA GUIMBARDE: considéré comme l’un des plus anciens instruments jamais créé, cet instrument a ses avantages: peu cher et peu encombrant, de nombreuses personnes l’adoptent comme ami pour la vie.

4) LE KAZOU: aussi appelé gazou, le kazou est un accessoire qui modifie la voix et qui peut vraiment faire craquer vos proches. A éviter en confinement.

5) LE TYMPANON:  d’origine iranienne, cet instrument de forme trapézoïdale (merci google) se joue en frappant sur les cordes à l’aide de mailloches. Un peu de respect pour lui, les français se l’arrachaient au XVIIIe siècle. Merci Eric pour cette vidéo découverte!

6) L’OBJET: et oui ! Souffre-douleurs de ce cher Georges Perec, n’oublions pas que les choses savent elles aussi chanter.

Et comme promis, ci-dessous une playlist de morceaux intégrant ces instruments bizarroïdes avec…énergie. À vous de trouver où chacun d’eux se cache…

1 – Kutiman – Mix Tel Aviv

2 – Four Tet – Lush

3 – Dan Bartoletti – DiDgital L&L

4 – Basher Toe – Rainbow Serpent (feat. TREEBOGA)

5 – Dead Can Dance – Anabasis

6 – Saadji – Nawa Atar (B.Brain Rmx)

7 – Jacques – Tout Est Magnifique

8 – Donato Dozzy – Downhill to the Sea

9 – Eristoff – Glass Soundtrack with Roscius

10 – Annie Cordy – La leçon de Kazou

Et pour aller plus loin encore, découvrez l’harmonica de verre et l’hydraulophone.

7 comments

  1. Coucou Émilie;
    Très sympa !!!
    Parmi mes morceaux préférés : hang massive que le petite Margaux a beaucoup écouté l’été dernier pour s’endormir….très efficace
    Et jacques ! Un ovni dans la musique electro mais que j’adore!
    J’imagine ta déception de ne pouvoir être partie mais je pense que tu réalises maintenant que ç’aurait été pure folie ou en tous les cas un risque inconsidéré!
    Bon courage et bravo pour ton travail!
    A bientôt
    La bise de nous tous ici à st Ambroise

    Thomas, Beatrix, Clara et Margaux

  2. Magnifique travail Emilie que je vais partager avec mes deux filles de 20 et 8 ans
    Nous allons voyager tout en restant confinés
    Severine Bleuse

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